La vie chorale à Zimmersheim au XIXème siècle.

Zimmersheim, modeste bourgade à l’entrée du Sundgau, reste l’un des témoins vivants de la vie musicale alsacienne. D’après les archives paroissiales, c’est en 1855 que l’abbé Dieterich créée le premier choeur d’hommes destiné à animer la partie vocale des offices.

Ce choeur devient très vite le fleuron du village. Au printemps 1859, il remporte la Médaille d’Argent au Festival de Strasbourg, honoré par la présence d’Hector Berlioz, membre du jury.

Tour à tour dirigé par des abbés de la paroisse et des instituteurs, le Choeur fête avec faste son centième anniversaire et s’éteint en 1966, faute de dirigeant. Entre-temps s’est constituée une clique de sapeurs-pompiers qui assure l’animation du village avec  quelques musiciens d’harmonie réunis autour d’Etienne Roellinger. (2ème à partir de la droite)

L’association Culture et Loisirs fondée en 1975 fait tous ses efforts pour poursuivre le développement de la cette vie musicale. Monsieur Delmotte y enseigne le solfège pendant un an, remplacé par Catherine Divoux qui ouvre un cours de flûte à bec. En 1977, Frédéric Fuchs prend la relève : il poursuit les cours de flûte à bec et propose des cours d’initiation à la méthode Orff pour les enfants en 1979 puis en 1980 pour les adultes.

Les musiciens en herbe découvrent leur premier instrument, la voix, et manifestent le désir de chanter davantage. Comme la chenille qui se transforme en papillon, c’est en toute simplicité et dans l’enthousiasme général que nait le Choeur Mixte de « La Pastourelle », en janvier 1981. « Pastourelle » signifie petite bergère. C’est aussi une figure de danse qui consiste pour le danseur à faire tourner sa cavalière sous son bras tout en continuant à valser. En alsacien : « schlipfe, ringle, trülle ». C’est encore une chanson de troubadours et de trouvères. Les choristes de « La Pastourelle » sont un peu les nouveaux troubadours qui, tout en renouant avec les traditions du terroir, trouvent des accents modernes pour exprimer leurs sentiments, leurs questionnements, leur joie de vivre.

Texte écrit à l’occasion du concert en hommage aux anciens, en juin 1986 par Joseph Braunbarth, choriste.

Le Choeur d’Hommes de Zimmersheim au Festival de Paris de 1859

Au milieu du XIXè siècle, la musique florissante marqua profondément toutes les régions de l’Alsace. Kientzl et Weckerlin avaient fondé en 1853 la « Société des Amateurs de la vraie musique religieuse » sous le patronat de l’Evêque de Strasbourg, Mgr Raess. Une organisation complémentaire vit le jour, celle d’où devait sortir l’Association des Chorales d’Alsace, sous la direction de M. Noettinger, notaire à Strasbourg. Pas moins de 72 chorales s’engagèrent à organiser tous les deux ans un « Festival de France » et à y prendre part.

Dans le Haut-Rhin, on se souvint très longtemps de la participation du Choeur d’hommes de Zimmersheim au Festival de Paris de 1859. C’est l’abbé Dieterich qui, exerçant son ministère dans le village de 1854 à 1865, a fait don de ses talents musicaux aux paroissiens, réussissant à former dès 1855 un choeur d’hommes qui très vite, a gagné une notoriété régionale voire nationale. Quelle expérience pour nos braves paysans qui, jamais, n’avaient quitté leur cher Sundgau. Le voyage pour Paris a été minutieusement préparé et rien n’a été oublié, surtout pas le ravitaillement et les vivres et, dans un tonneau, deux hectolitres et demi de vin de leurs crus. A l’entrée de Paris, le préposé de l’octroi, (poste de péage) leur demanda la somme de 200 francs pour le vin … qui restait dans le fût. Après courte délibération, les responsables de la chorale déclarèrent au péager : « Le tonneau reste au poste de péage. Si le Choeur obtient un prix au Festival, les 200 francs seront payés et le tonneau emmené en triomphe au centre de Paris pour y être vidé. Si aucun prix n’est décerné, le choeur remportera le tonneau à Zimmersheim. »

Aussitôt dit, aussitôt fait !

Le Choeur obtient le … 1er prix avec Médaille d’Or. En toute hâte, les choristes se précipitent au poste de péage, chargent le tonneau sur une charrette pour

l’amener en triomphe, sous les applaudissements frénétiques des Parisiens ébahis, au centre de la capitale. C’est là que le précieux liquide fut bu en un rien de temps. A Guebwiller, Soultz, Ensisheim, Rouffach et Colmar, personne ne devait s’étonner de l’audace des Chanteurs de Zimmersheim : tout le monde connaissait bien le curé de la localité, Johann Chrysostome Dieterich élève et ami de Kientzl qui était vicaire à Soultz puis curé de Pfaffenheim, président de la Société des Amateurs de musique religieuse. Le curé de Zimmersheim a pu profiter du talent de la famille Wunnenburger qui, à elle seule, pouvait présenter un choeur complet et stylé de 16 voix, capable d’exécuter toute la musique vocale et comprenant 4 soprani, 4 alti, 4 ténors et 4 basses.

Gloire donc, aux chanteurs de Zimmersheim, qui devaient par la suite, participer aux Festivals de Metz, Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Guebwiller et Benfeld ! En 1860, au Festival de Mulhouse, le choeur comportait 25 chanteurs : Mr le Curé dirigeant, 4 vignerons, 1 tonnelier, 1 maçon, 1 jardinier, 3 mineurs, 2 aubergistes, 1 menuisier, 1 charpentier, 3 plâtriers, 1 instituteur, 3 cultivateurs, emballeur, graveur.

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