Histoire de la musique- baroque

La MESSE de MINUIT de Marc-Antoine CHARPENTIER
https://www.youtube.com/watch?v=RgJ0AOSUn4E
https://www.youtube.com/watch?v=JQvS-MLegC8
https://music.youtube.com/watch?v=DXoAQbT00rI
Tout d’abord, ne confondons pas Marc Antoine Charpentier et Gustave Charpentier.
Gustave Charpentier est un compositeur français né en 1860 et mort en 1956.
Après des études de violon et d’harmonie à Tourcoing, la ville lui offre une bourse lui permettant de poursuivre ses études à Paris. Il remporte le prestigieux Prix de Rome en 1887. Il commence une brillante carrière de compositeur, principalement d’opéras. « Louise » est son grand succès.
Quant à Marc Antoine Charpentier, né en 1643 et mort à Paris en 1704, c’est un compositeur et un chanteur baroque. Il est connu pour ses compositions de musique sacrée, en particulier ses motets et ses messes. Charpentier a travaillé pour le roi Louis XIV. Par l’ampleur et la qualité de son œuvre sacrée et profane, il est considéré comme un des plus importants compositeurs du Baroque français. Son style a été influencé par la musique italienne. Charpentier a également composé de la musique instrumentale, des opéras et des ballets.
Sa musique sacrée et théâtrale fit concurrence à celle de son contemporain Jean Baptiste Lully.
En 1698, Charpentier est nommé maître de musique des enfants de la Sainte Chapelle du Palais. Sa musique est un mélange des styles français et italien auxquels elle emprunte de nombreux éléments.
Bien que Marc-Antoine Charpentier ait occupé des postes prestigieux durant toute sa carrière, peu de témoignages de ses contemporains nous sont parvenus et l’homme reste étonnamment secret. Dix-huit ans passés au service de la duchesse de Guise n’y changent rien. Bien que sa musique résonne dans tous les hauts lieux de la vie artistique et intellectuelle du royaume, une biographie précise reste à ce jour impossible à établir. Deux portraits présumés, seulement quelques dates et deux signatures. En 1687, le décès de Lully qui, de par son autoritarisme, l’a obligé à rester dans l’ombre durant de nombreuses années, n’y change rien. Charpentier va demeurer pendant dix-sept ans, jusqu’à son dernier poste à la Sainte-Chapelle, un compositeur discret. Ses œuvres sont restées manuscrites, le compositeur n’ayant pas cherché à les faire éditer.
À sa mort, il sombre dans l’oubli. Il faut attendre 1953, année de la découverte du Te Deum dont le Prélude sert d’indicatif à l’Eurovision, pour qu’on le redécouvre. L’œuvre complète de Charpentier devait compter à sa mort quelques 800 numéros d’opus, mais il n’en reste aujourd’hui que 500. En 1722, son neveu Jacques-Édouard vendit l’ensemble des manuscrits à la Bibliothèque Royale.
« J’étais musicien, considéré comme bon parmi les bons, ignare parmi les ignares. Et comme le nombre de ceux qui me méprisaient était beaucoup plus grand que le nombre de ceux qui me louaient, la musique me fut de peu d’honneur mais de grande charge… […] guéris, purifie, sanctifie les oreilles de ces hommes pour qu’ils puissent entendre le concert sacré des anges ! » — Texte de Charpentier, extrait de son Epitaphium
La MESSE de MINUIT
extrait du dictionnaire de l’Art Vocal de Marc Honneger
La Messe de Minuit, la plus connue de toute les œuvres de Charpentier, fait emploi de onze Noëls traditionnels qui servent de base aux différents mouvements, parfois même à des interludes placés entre les mouvements.
La popularité de cette œuvre est due à l’équilibre musical que le compositeur a su établir entre les mélodies traditionnelles parfois naïves et le traitement imaginatif qu’il leur fait subir dans un contrepoint vocal et instrumental habilement tissé.
En deux endroits de la partition où Charpentier prescrit l’exécution d’un Noël, aucune musique n’est notée. On retrouve juste l’indication : « Ici l’orgue joue le même Noël. » Il est probable que cette messe, destinée à toucher un large public, a été écrite à la demande des Jésuites lorsque Charpentier était attaché à leur église. S’il en est ainsi, il aurait eu à sa disposition des organistes réputés (Delalande et Marchand) pour lesquels il était inutile de rédiger un arrangement, étant tous les deux d’excellents improvisateurs.
Ces instructions montrent donc que les exécutions variaient à chaque interprétation.
Le premier KYRIE est introduit par un prélude écrit sur le noël « Joseph est bien marié » qui va servir de base à l’écriture des voix. Tandis que l’introduction va faire appel à un style simple et vertical, l’écriture vocale est en imitation mais la mélodie reste toujours discernable.
Le mouvement s’achève de façon homophonique. Puis suit l’interlude pour l’orgue qui, pour les assemblées parisiennes de ce temps-là, représente un aspect de la tradition de la messe pour orgue, où l’instrument alterne avec les chanteurs dans l’exécution des versets liturgiques. La même alternance se produit dans l’Agnus Dei qui conclut l’œuvre.
Le CHRISTE est fondé sur le Noël « Or nous dite Marie » A nouveau, le compositeur emploie l’imitation mais il réalise ici un changement d’atmosphère en donnant la ligne mélodique aux trois voix graves, introduites par une basse chromatique descendante qui renforce l’atmosphère méditative de cette partie.
Pour le retour au KYRIE, Charpentier emploi de nouveau l’idée du début, bien qu’avec un Noël différent,« Une jeune pucelle ». Une fois encore, c’est l’orchestre qui introduit la mélodie mais l’écriture est plus élaborée et la section vocale plus étendue. Le compositeur laisse une fois de plus le soin de conclure à l’organiste.
Si le Kyrie commence en mineur, le GLORIA débute lui en Majeur, en imitation mesurée (« Et interra pax »).
Les contrastes caractéristiques des versets suivants sont mis en valeur par l’emploi du Noël « les Bourgeois de Châtre » qui fournit la matière à des entrées chorales en imitation serrée, cédant la place à un traitement homophonique du texte et de la mélodie.
Une seule autre mélodie de Noël apparait dans ce mouvement sur Quoniam.
A cet endroit, les deux soprani soli paraphrasent gaiement la mélodie « Où s’en vont les gais bergers » qui va servir de base à l’Amen par lequel le chœur à quatre voix et l’orchestre donnent une brillante conclusion du mouvement.
Charpentier utilise des phrases courtes, brillantes et plaisantes, faciles à identifier dans la texture contrapuntique qu’il affectionne. Dans le texte plus long du CREDO, seules trois mélodies de Noël sont employées mais elles apparaissent à des endroits significatifs.
Le mouvement commence en mineur, dans une mesure à deux temps, avec des points d’imitation se succédant pour chaque verset. C’est avec la mention de la lumière qu’arrive le premier Noël.
Dans une nouvelle tonalité (Fa Majeur) et une mesure à trois temps, l’orchestre introduit « Vous qui désirez sans fin » qui servira pour « Deum de Deo ». Cette mélodie joyeuse, avec ses rythmes alternés, est suivie par un retour à la tonalité mineure initiale et à une mesure à deux temps pour exprimer la solennité de « Genitum non factum ». Encore plus grave est le traitement de « Et incarnatus est » où l’écriture chorale se tisse au travers d’une succession d’harmonies chromatiques suivies de « Faites ici un grand silence ». Ce silence est rompu par l’introduction de la mélodie du deuxième Noël « Voici le jour de Noël » dans une ritournelle de deux violons et basse continue en écriture imitative serrée reprise par le trio de solistes. Le chœur au complet revient dans une mesure à trois temps.
Prochain moment solennel, le compositeur introduit « A la venue de Noël » qui apparait associé au solo de soprane. Les ritournelles sont jouées par deux flûtes à bec et la basse continue avec l’adjonction des deux violons qui alternent avec le trio de chanteurs solistes.
Le CREDO se conclut enfin par le tutti choral et instrumental avec lequel le trio de solistes fait contraste.
L’orchestre annonce le SANCTUS par le Noël « Dieu que n’étais-je en vie ? » également utilisé par le chœur dans « Pleni sunt » et « Hosanna ». Le compositeur y introduit de nouveaux éléments. Le Benedictus est écrit pour le trio des voix graves et le Hosanna revient en conclusion.
C’est dans l’AGNUS DEI qu’apparait l’emploi le plus plaisant de la forme de Noël. Comme dans le Kyrie, une variante de la pratique de l’alternance y est utilisée. D’habitude, c’est la deuxième imploration qui est jouée au lieu d’être chantée. Ici, ce sont les première et troisième qui sont privées de texte. Au lieu de la première imploration, l’orchestre introduit l’attrayant « A Minuit fut fait un réveil » qui a le caractère d’un menuet et confère une grâce et une élégance inattendue à la mise en musique de ce texte, plus couramment conçu comme un appel passionné et comme une imploration du pardon. Dans un tel contexte musical, le message de Noël exprime tout simplement que ce pardon est déjà accordé.
La deuxième imploration est alors chantée par le chœur accompagné de l’orchestre dans une version élégante de la mélodie de Noël à laquelle Charpentier écrit « troisième Agnus ». L’orchestre a donc seul le dernier mot si bien que « Dona Nobis Pacem » n’est pas prononcé, bien que nettement sous-entendu pour une assemblée parisienne accoutumée
à cette pratique. »
